Les bonnes feuilles des Masters en sociologie
Dans le cadre du master professionnel de sociologie "Intervention Sociologique et Pratique d'Expertise" (ISPE - Université de Nancy II), la réalisation d'un stage professionnel nous a conduits à développer une analyse de notre pratique. En prenant appui sur cette expérience, nous avons été amenés à réfléchir sur la posture du sociologue intervenant, notamment dans l'accompagnement du changement. De là, ont découlé des questions d'autonomie et de complémentarité des savoirs entre le sociologue et le statisticien au sein d'une structure tel qu'un Observatoire Régional de Santé (ORS). Ce document vise à apporter des éléments de réponse.
Urbatiz est une entreprise en urbanisme qui rencontre des problèmes de commercialisation d'un nouveau système d'information géographique dénommé "Micromarket". Devant la réticence d'une part des salariés, la direction envisage d'avoir recours à la formation pour mettre en oeuvre ce changement. Les différents entretiens et des grilles de lecture appropriées mettent en évidence une identité professionnelle des directeurs d'études aux racines historiques très ancrées. Celle-ci peut-elle expliquer ces réticences au changement ?
Une analyse empirique permettra de déterminer les effets de la formation initiale sur les différentes identités en présence et nous aidera à appréhender le processus différemment.
Les usages non-téléphonés du téléphone portable comme vecteurs d'intégration pour des personnes "fragiles"Thibault JARNIGON, 2010, Université de Marne la Vallée |
Les personnes fragiles sont généralement considérées comme des individus à problèmes, incapables d’évoluer normalement dans l’espace urbain et de se plier à ses règles et ses usages. Ils sont alors souvent caractérisés par leur défaut de compétence, leur incapacité à faire face à l’offre de services mise à la disposition du grand public. La Poste, par exemple, définit la fragilité en fonction des difficultés rencontrées dans la consommation des produits qu’elle propose. Un fragile est en ce sens un individu caractérisé par son inaptitude à utiliser les services postaux. Pourtant, lorsque l’on définit la fragilité comme une situation, et non plus comme un défaut de compétence, on se rend compte que les personnes fragiles ne connaissent pas tant de difficultés que l’on pourrait le croire. Grâce à des ressources qui leur sont propres, elles peuvent mettre en place un certain nombre de stratégies pour compenser ces difficultés et combattre la disqualification sociale dont elles sont victimes. C’est notamment le cas à travers l’usage du téléphone portable, un outil qu’ils savent utiliser aussi bien que les « non-fragiles ». C’est en interrogeant les usages du téléphone portable chez un échantillon de personnes en situation de fragilité que nous sommes arrivés à cette conclusion. Cela nous a permis de voir que cet outil assiste également leur mobilité, maintient - voire multiplie - leurs liens sociaux, favorise la recherche d’un emploi et peut même jouer un rôle de « logement virtuel ». |
Les usages pluriels de la mobilité professionnelleErika NIZARD, 2010, Université Paris XIII |
| Depuis plusieurs années, la fonction publique d’Etat est marquée par une réelle volonté de modernisation. Toutefois, l’ensemble des changements adoptés n’est pas sans conséquence sur la gestion du personnel. Dans un contexte de restriction budgétaire, la mobilité des agents est alors vivement encouragée. Par ailleurs, l’influence grandissante des méthodes de gestion issues du privé sur la sphère publique conduit l’Etat à tenir un discours incitateur à l’égard de la mobilité. Aujourd’hui, la carrière d’un agent, et notamment d’un cadre, se doit d’être dynamique. Ces derniers n’hésitent donc pas à changer de poste pour enrichir leur parcours professionnel. Mais, par delà cet usage strictement professionnel, les agents publics ont su faire de la mobilité une réponse à des attentes plus personnelles. La mobilité peut alors apparaitre comme une solution pour se défaire de situations parfois difficiles et prendre un souffle nouveau. Cette utilisation différenciée, placée au cœur de ce travail de recherche, est particulièrement visible au sein d’une direction régionale et interdépartementale d'un ministère en région Ile-de-France. Ces mouvements de personnels réguliers ne sont cependant pas sans conséquence sur le fonctionnement de cette structure et contribuent même à sa fragilisation. |
Le Lean 6 Sigma dans l'aéronautique : un cas de management par projet comme modèle d'organisationSébastien PETIT, 2010, Université d'Evry |
| A l’instar de l’industrie automobile, le secteur aéronautique s’est engagé, depuis une trentaine d’années, dans une transformation de fond des structures productives et organisationnelles. L’extension du management par projet et l’apparition de la démarche Lean 6 Sigma répondent à un renversement des paradigmes productiques antérieurs au profit d’une plus grande flexibilité de la circulation des décisions au niveau opérationnel et d’une augmentation significative des flux informationnels. Le mode opératoire du Lean est éminemment fonction de choix stratégiques et tactiques dans la désignation des pilotes du changement - les cadres fonctionnels, des indicateurs de fonctionnement ou encore de formes de coopération spécifiques. Or, la question de la transformation des pratiques organisationnelles et professionnelles n’est pas réductible à la répétition de méthodologies et d’approches spécifiques dans la durée. C’est davantage le contenu du travail, de la coopération, de l’autonomie professionnelle et des connaissances pratiques et expérientielles qui détermine la réussite, de manière effective, des changements engagés et de l’implication des différents acteurs. |
L’étude de l’évolution d’une start-up rachetée par un groupe côté en bourse, nous renvoie à l’évolution de la structure du rapport salarial, dans un contexte de dé-collectivisation ou d’individualisation des conditions de travail. Elle nous renseigne sur les transformations du salariat, sur les changements des manières de travailler et sur la progression de la flexibilité dans le monde du travail.
Le paradigme dans lequel évolue désormais cette organisation est celui d’une gouvernance actionnariale, alors même que la sphère financière est paradoxalement réputée être déconnectée de l’économie réelle. Dans un contexte de crise économique, le rachat d’une « start-up » française, génère-t-il une nouvelle culture d'entreprise pour les salariés notamment pour ceux en charge des dimensions techniques, forts d’une tradition d’innovation ?
Afin de palier à la dévalorisation et à la perte d’identité professionnelle de ces anciens acteurs forts, l'évolution de leurs compétences peut-elle être menée à bien par un dispositif de formation professionnelle ?
Ce travail de recherche tente d’analyser le changement intervenu dans les conditions de travail de ces salariés, pour lesquels ce rachat a été ressenti comme une négation de leur identité, dans la mesure où ils ont été contraints d’abandonner leur outil technologique afin de s’adapter à une logique d’action plus légaliste importée d’Allemagne.
A partir d’un travail d’observation et d’entretiens auprès de ces salariés, il s’agit de montrer dans quelle mesure une entreprise « communauté » s’engage peu à peu à la suite du rachat, dans une logique « duale » avec un renversement des fonctions « nobles ». Notre objectif est de dégager des pistes de réflexions afin de palier à la dévalorisation et à la perte d’identité professionnelle de ces anciens acteurs forts. La formation professionnelle continue est la voie que nous choisissons pour proposer le passage d’un monde social en crise à un monde social de type « entreprise modernisée ».
Les transformations issues de l’émergence de la société de la connaissance modifient les pratiques professionnelles des enseignants – formateurs de l’enseignement technique agricole public. En effet, le rythme d’évolution particulièrement soutenu de cette société de la connaissance favorise la naissance exponentielle des situations inédites. Face à l’imprévu, les enseignants-formateurs développent des postures différentes selon leurs parcours scolaire et professionnel mais aussi selon l’organisation administrative et pédagogique de l’établissement.
Après une étude réalisée dans trois établissements de l’enseignement agricole, nous pouvons distinguer deux catégories d’enseignants-formateurs : des enseignants-formateurs qui, confrontés au caractère anxiogène de l’aléa, préfèrent des pratiques individualistes où ils privilégient le rôle d’enseignants « transmetteurs » responsables de l’insertion professionnelle des apprenants par le diplôme. La deuxième catégorie d’enseignants-formateurs développe des pratiques collectives innovantes en interaction avec leur environnement. L’aléa déclenche un processus d’apprentissage qui laisse apparaitre un glissement de la compétence de l’enseignant-formateur « transmetteur » à celui « d’accompagnateur des apprenants vers l’insertion scolaire, sociale et professionnelle par la compétence ». Ainsi, l’activité de travail devient un processus permanent de construction de savoir avec les apprenants, les pairs et les socioprofessionnels du monde agricole et rural futurs employeurs des apprenants ». Ces échanges représentent un espace de subjectivation où, en absence d’une reconnaissance institutionnelle, les enseignants-formateurs renforcent leur identité de métier.
Lors de la conduite d’un projet de recherche appliquée réalisé dans le cadre d’un diplôme universitaire (1) en ingénierie de la formation, nous nous sommes attachés à étudier la construction de la professionnalité (2) chez les formateurs (3) nouvellement recrutés par la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris.
Nous avons observés d’une part l’existence de groupes sociaux de référence, l’équipe pédagogique dans laquelle doivent s’intégrer les nouveaux formateurs. Ces équipes sont composées majoritairement d’enseignants issus du milieu professionnel dont les codes sociaux et les postures renvoient plus aux métiers auxquels elles préparent qu’à celui de formateur.
D’autre part, les formateurs nouvellement recrutés qui ont en amont de leur prise de fonction ont suivi un dispositif d’intégration et de formation pédagogique souhaitent adopter une posture de «pédagogue ».
Cette volonté entre alors en contradiction avec les attentes de l’équipe constituée.
Pour autant, le nouveau formateur doit s’intégrer à l’équipe avec laquelle il va travailler. Cette équipe joue un rôle important dans le processus de socialisation du nouveau venu.
Dès lors, la direction de l’enseignements de la CCIP a été conduite à s’interroger sur les freins au transfert des acquis de la formation dans la mise en œuvre de compétences individuelles mais aussi collectives dans des établissements d’enseignement fortement marqués par les codes sociaux et les identités professionnelles des métiers auxquels ils préparent.
Nous avons pu constater que cette problématique ne pouvait pas être déconnectée de la construction de l’identité professionnelle et de la socialisation de l’enseignant nouvellement recruté.
Les conclusions de notre recherche ont conduit la direction de l’enseignement de la CCIP à repenser le processus d’intégration des nouveaux arrivants et à y associer un accompagnement individualisé dans le but de réduire l’impact du poids identitaire du groupe social de référence.
Cette démarche tente de favoriser le transfert des acquis de la formation pédagogique dispensée en amont de la prise de fonction des nouveaux arrivants.
(1) DURIF : Diplôme universitaire de responsable en ingénierie de la formation Paris I
(2) Richard WITTORSKI, Maître de conférences à l’IUFM de l’Académie de ROUEN, chercheur au CNAM définit la professionnalité comme « un ensemble des compétences reconnues socialement comme caractérisant une profession »
(3) Jean HOUSSAYE –La pédagogie : une encyclopédie pour aujourd’hui: le processus « former est fondé sur la relation pédagogique privilégiée entre le professeur et les élèves et l’attribution au savoir de la place du « mort »

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